FactaPublié le 8 octobre 2026

Littérature · Intelligence artificielle · Enquête

Affaire Thélyson Orélien : des plagiats établis, de forts indices d’écriture avec l’IA

Couronné par le prix du Roman Fnac, C’était ça ou mourir est devenu le centre d’une controverse sur l’authenticité littéraire. Les comparaisons de textes confirment des plagiats antérieurs. Sur le roman, les tests de détection et leurs témoins étayent fortement l’hypothèse d’un recours important à l’IA, que l’auteur dément. La presse oscille entre enquête technique, rupture de confiance et examen de la campagne d’accusation.

Enquête arrêtée au · France et Québec · Publié le 8 octobre 2026

Avant les accusations, C’était ça ou mourir bénéficiait d’un accueil enthousiaste. Le 26 août, dans Le Point, Claude Arnaud saluait la force de sa langue et l’humanité donnée aux migrants. La sélection du Goncourt, puis le prix du Roman Fnac ont prolongé cette reconnaissance. C’est ce succès déjà installé que la polémique du 21 septembre a brusquement mis en question.

Du succès à la controverse

  1. 2012–2014 · Des écrits qui seront réexaminés

    Orélien publie des textes à Radio-Canada, dans La Presse et sur des blogs. Des reprises d’autres auteurs y seront identifiées en septembre 2026. Enquête de La Presse, 23 septembre 2026.

  2. 17 septembre 2023 · Une consigne dans un article

    Un article signé Orélien sur la littérature québécoise contient une instruction de rédaction. Sa présence est conservée dans une archive d’octobre 2025, retrouvée par ActuaLitté en 2026.

  3. 9 mars et 19 août 2026 · Les deux parutions

    C’était ça ou mourir paraît chez Boréal au Québec, puis chez Grasset en France.

  4. 26 août · Un accueil critique enthousiaste

    Dans Le Point, Claude Arnaud publie une critique très favorable, centrée sur l’odyssée du personnage et la puissance du récit.

  5. 2 et 21 septembre · La reconnaissance littéraire

    Le roman entre dans la première sélection du Goncourt, puis remporte le prix du Roman Fnac.

  6. 21–23 septembre · L’accusation, le démenti, les enquêtes

    Le compte X « Balance ton Claude » met en cause l’origine humaine du roman. Orélien nie l’usage de l’IA. Plusieurs rédactions effectuent leurs propres tests ; La Presse documente aussi les plagiats anciens. France 24, 23 septembre ; La Presse.

  7. 24–25 septembre · Les premières conséquences

    Boréal suspend la promotion, sans retirer le livre de la vente. Le Goncourt l’exclut le 25. Samuel Fitoussi, chroniqueur au Figaro, reconnaît participer au collectif accusateur. Boréal ; Académie Goncourt ; entretien à LCN repris par le Journal de Montréal.

  8. 30 septembre · Le calcul des vingt extraits contesté

    Le mathématicien Mouhamadou Sy explique pourquoi multiplier vingt fois le taux de faux positifs de Pangram repose sur une indépendance non démontrée entre passages d’un même livre. Sa tribune dans ActuaLitté.

  9. 6–7 octobre · Des choix de jurys différents

    Les huit romans de la deuxième sélection du Goncourt ont été soumis à Pangram 4, déclare Philippe Claudel, selon RTL le 6 octobre. Orélien figure dans la sélection du prix de la Porte Dorée annoncée ce même jour, rapporte Le Parisien le 7 octobre.

Trois questions au cœur de l’affaire

Le roman raconte la traversée des Amériques de Jonas Dorléon, un professeur contraint de quitter Haïti pour rejoindre le Canada. Son sujet, son accueil critique et sa présence dans plusieurs sélections expliquent l’écho de la polémique : le soupçon touche un livre déjà consacré par des lecteurs et des professionnels. Présentation de Grasset ; Fnac Darty.

Trois questions se croisent : Orélien a-t-il repris des textes d’autrui dans ses publications anciennes ? L’IA a-t-elle largement contribué à la rédaction du roman ? Comment éditeurs et jurys doivent-ils informer les lecteurs et traiter ces éléments ? La première se vérifie par comparaison. La deuxième repose actuellement sur un faisceau d’indices statistiques et textuels. La troisième relève de leurs règles et décisions.

À LCN, Fitoussi explique avoir repéré des procédés de style répétitifs avant de recourir au détecteur. Il revendique un devoir d’information, reconnaît l’absence de certitude absolue et demande l’arrêt de la cabale visant l’auteur. L’identité et les motivations des accusateurs font partie du dossier médiatique ; elles ne déterminent pas la validité des comparaisons ou des résultats. Agence QMI, 25 septembre.

Orélien soutient avoir commencé le livre en 2017 et achevé une première version en 2019 ; il annonce un dossier permettant d’étayer sa défense. Boréal affirme que son propre travail éditorial n’a pas employé d’IA, mais précise qu’il intervient après la remise du manuscrit complet et ne peut confirmer ni infirmer les allégations concernant sa rédaction. Ces deux déclarations ne portent donc pas sur la même étape. Radio-Canada, 23 septembre ; communiqué du Boréal, 24 septembre, publié le 25.

Deux plagiats vérifiés par comparaison directe

Les textes de deux dossiers sont publiquement consultables. Facta a confronté les originaux anglais aux versions françaises signées Orélien, en examinant la chronologie, l’ordre des arguments, les exemples, les formulations et les crédits. Les rapprochements dépassent une simple ressemblance de sujets : de longs développements sont traduits et remaniés sans attribution à leur source.

Les héros sportifs : Bautista, puis Orélien

Le 23 février 2013, Andy Bautista publie Falling from pedestals dans The Philippine Star. Le 28 février, La Presse publie Ne mettons pas nos héros sur un piédestal, signé Orélien. Les deux textes passent du besoin de héros aux sportifs d’exception, puis aux déconvenues liées à Tiger Woods, Lance Armstrong et Oscar Pistorius, avant de recommander d’admirer leurs performances plutôt que leurs personnes. Le texte français comporte des ajouts et réorganise certains passages, mais conserve cette trame et de nombreuses traductions proches. Original de Bautista ; texte signé Orélien.

Un calque révélateur dans le passage sur Woods : « women started coming out of the woodworks » devient « femmes ont commencé à sortir de la boiserie ».

La traduction littérale d’une expression idiomatique, au même endroit du récit, renforce le constat fourni par l’ensemble des correspondances.

La page française ne crédite pas Bautista. La Presse y a depuis ajouté un avertissement reconnaissant le plagiat. Le constat est établi pour cette chronique ; il repose sur les textes eux-mêmes, accessibles aux lecteurs.

La succession de Benoît XVI : un éditorial traduit

Awaiting the white smoke, éditorial du Hindu, est publié le 13 février 2013, selon la date originale affichée sur sa page. Orélien publie Le prochain pape devrait être plus jeune le 15 février sur son blog du réseau Mondoblog de RFI. La version française suit la progression anglaise : surprise des cardinaux, précédentes démissions, organisation du conclave, bilan du pontificat et profil du successeur. Elle reprend les mêmes choix de références et plusieurs traductions très proches. The Hindu ; blog signé Orélien.

Dans le bilan du pontificat : « put the brakes on ecumenism » devient « mis les freins sur l’œcuménisme ».

Le calque s’inscrit dans une séquence argumentative commune ; il ne constitue pas une coïncidence isolée.

Des passages sont modifiés, parfois dans leur sens. L’original évoque ainsi la dissimulation d’abus sexuels ; la version française parle de demandes de pardon. Ces modifications n’effacent pas la reprise étendue et non créditée. Ce deuxième plagiat est également étayé par la comparaison directe. Il s’agit ici d’un constat éditorial, sans prétendre rapporter une décision judiciaire.

D’autres dossiers documentés par les rédactions

La Presse et ActuaLitté décrivent aussi les emprunts d’Où va le monde, récit primé en 2012, à la préface du Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier. Ils relèvent des formulations identiques et une succession commune de détails autobiographiques, avec substitution de personnes et de références. D’autres rapprochements concernent notamment une chronique de Rodrigo Botero Montoya et un texte de Pablo Saborío. Ce sont des vérifications rapportées par ces médias, distinctes des deux comparaisons intégrales effectuées ci-dessus. La Presse, 23 septembre ; ActuaLitté, 24 septembre.

Ces faits anciens affectent la confiance accordée aux démentis de l’auteur. Ils n’établissent pas, à eux seuls, le mode de fabrication du roman de 2026.

IA : un faisceau d’indices solide et quantifiable

Les accusations ne reposent plus seulement sur les captures d’un compte anonyme. Des rédactions ont soumis le livre ou de larges portions à Pangram et testé des textes témoins. Les proportions indiquées ci-dessous sont celles classées par le logiciel, selon les comptes rendus publiés.

Tests publiés en septembre 2026 — périmètres distincts, résultats non additionnables.
Rédaction et dateTexte testé et résultatComparaison
Le Monde · 22–23 septembrePlus de la moitié du roman : plus de 95 % classés IA.Quinze débuts de romans contemporains et cinq textes anciens classés humains. Enquête Pixels.
France 24 · 23 septembreLivre entier, 63 425 mots : 92 % classés IA.Contrôle de textes anciens, dont Hugo ; trois spécialistes interrogés. Accès au détecteur fourni gratuitement par Pangram. Les Observateurs.
Radio-Canada · 23 septembreVersion électronique entière achetée par la rédaction : 94 % classés IA.Six autres romans du Goncourt et huit œuvres d’auteurs haïtiens ou d’origine africaine : 100 % humains. Les Décrypteurs.

Ces expériences rendent l’hypothèse d’un recours important à l’IA beaucoup plus crédible qu’une impression de lecture. Les témoins littéraires, notamment haïtiens, fragilisent l’explication selon laquelle le logiciel rejetterait simplement un style caribéen. La répétition des résultats par différentes rédactions confirme que le signal est reproductible ; puisqu’elles emploient le même détecteur, leurs erreurs possibles restent liées.

Un autre indice concerne l’article de 2023 sur la littérature québécoise. La copie archivée contient cette phrase : « Discutez du rôle du Québec en tant que gardien du patrimoine linguistique français en Amérique. » Elle ressemble à une consigne laissée dans le texte. Une note humaine reste une explication possible ; ce passage documente un indice sur cet article, sans établir la rédaction du roman. Archive du site de l’auteur ; enquête d’ActuaLitté.

Quelle fréquence d’erreur sur un texte humain ?

La fiche de Pangram 4 annonce 41 faux positifs sur un million de textes humains anglais, soit 0,0041 % : environ un sur 24 400. Pour le français, elle indique 0,0026 %, environ un sur 38 500, sur un corpus Web antérieur à 2022. Ce sont des mesures du fournisseur, pas un audit indépendant du roman. Fiche du modèle.

Dans son corpus de prose créative longue en anglais, le fournisseur annonce zéro faux positif sur 10 495 textes. Zéro erreur observée ne signifie pas un risque nul : sous un modèle binomial d’observations indépendantes et comparables, la borne supérieure unilatérale à 95 % est d’environ 0,0285 %, soit un sur 3 500. Ce repère porte sur ce corpus anglais, pas sur les romans français.

Une évaluation indépendante de Brian Jabarian et Alex Imas, publiée en 2025, trouve également de très bons résultats, dont aucun faux positif sur les extraits de romans testés. Elle utilise 1 992 passages humains, comprenant 1 000 extraits de romans anglais, et leurs équivalents générés par plusieurs modèles. Elle évalue une version antérieure du détecteur, sur des passages plutôt que des livres entiers. Artificial Writing and Automated Detection, méthode et tableaux 2–3.

Peut-on estimer la probabilité que le roman soit humain ?

Le « 94 % » publié par Radio-Canada décrit la part classée IA. Il ne signifie pas « 94 % de probabilité que l’auteur ait utilisé l’IA ». Pangram décrit ses parts comme une répartition du texte et précise que sa confiance locale n’est pas une probabilité calibrée. Le taux de faux positifs, lui, répond à une autre question : parmi les textes humains du corpus d’évaluation, combien sont classés IA ?

On peut calculer une estimation conditionnelle pour un texte signalé, en choisissant un taux d’erreur, une sensibilité et une fréquence initiale d’usage de l’IA. Le tableau montre ce calcul avec une sensibilité supposée de 98 %. Sa première colonne transpose le taux français annoncé ; la seconde examine un taux de faux positifs de 1 %, volontairement beaucoup plus défavorable au détecteur. Ce sont des scénarios de calcul, pas des probabilités attribuées à Orélien.

Calcul Facta : probabilité qu’un texte signalé soit humain, sous les hypothèses indiquées. Le seuil binaire n’est pas calibré spécialement sur un score de 94 %.
Fréquence initiale d’usage de l’IA, supposéeFaux positifs : 0,0026 %Faux positifs : 1 %
1 % des textes0,262 % humains après signalement50,25 %
10 % des textes0,0239 %8,41 %
50 % des textes0,00265 %1,01 %

Si les performances annoncées s’appliquent, un classement IA constitue donc un signal très fort, même lorsque l’usage de l’IA est initialement supposé rare. Mais un chiffre précis concernant ce roman exigerait une calibration sur des livres français comparables et sur un résultat au moins aussi élevé, ainsi qu’une hypothèse défendable sur leur fréquence d’usage de l’IA. Ces données ne sont pas fournies par les évaluations consultées. Les chiffres disponibles justifient un fort soupçon ; ils ne permettent pas de certifier un pourcentage individuel.

Voir les calculs et la limite des vingt extraits

P(humain | signalé) = f × (1 − p) / [s × p + f × (1 − p)]

f : taux de faux positifs ; s : sensibilité ; p : proportion initiale de textes utilisant l’IA. Dans le tableau, s = 0,98 ; p vaut 0,01, 0,10 ou 0,50. La borne pour zéro erreur sur 10 495 observations vaut 1 − 0,05^(1/10 495).

Multiplier vingt fois le taux de faux positifs suppose des erreurs indépendantes. Or des passages partagent auteur, style et contexte. Un style humain systématiquement mal reconnu pourrait produire des erreurs répétées. Mouhamadou Sy expose cette limite dans sa tribune du 30 septembre. Sa critique invalide cette multiplication, sans démontrer que le roman est humain.

Appréciation de l’enquête. Les résultats sur de longs textes et les témoins convergent vers un recours important à l’IA. Cette hypothèse est fortement étayée. La part exacte de génération, de réécriture et de travail humain reste à reconstituer à partir des versions du manuscrit.

Les arguments confrontés aux faits

AffirmationÉléments disponiblesAppréciation
Les accusations viennent seulement d’un compte anonyme.Les tests ont été reproduits par des rédactions ; deux plagiats sont vérifiables directement dans les textes publics cités ci-dessus.Contredite pour l’état actuel du dossier. L’origine de l’alerte ne résume plus les preuves disponibles.
Le style haïtien ou caribéen expliquerait les scores.Les œuvres témoins de cette origine, testées par Radio-Canada, sont classées humaines.Explication fragilisée par les contrôles. Ce panel ne représente pas tous les styles, mais ne confirme pas un rejet général de ces littératures.
Des textes anciens, comme la Bible, sont aussi signalés.Radio-Canada obtient des classements humains sur des chapitres bibliques et neuf classiques français ; France 24 sur Hugo. Sources : leurs enquêtes liées plus haut.Argument insuffisant contre ces tests de Pangram. Un résultat d’un autre outil, d’une ancienne version ou d’un extrait très court ne suffit pas à les réfuter.
Le manuscrit aurait été terminé en 2019.Déclaration de l’auteur rapportée par Radio-Canada. Les versions datées et l’historique de révision ne figurent pas dans les pièces publiques consultées.Non établi publiquement. Un premier manuscrit ancien resterait compatible avec une réécriture ultérieure ; il faut comparer ses passages à la version publiée.
Boréal n’a pas utilisé l’IA.Le communiqué concerne le travail de l’éditeur, après réception du manuscrit complet.Démenti au périmètre limité. Il ne répond pas à la question de l’écriture antérieure par l’auteur.
Le racisme expliquerait toute l’affaire.Des soutiens dénoncent une campagne raciste ; les enquêtes de Télérama examinent ses relais. Les comparaisons et témoins apportent aussi des éléments matériels.Une explication exclusive ne tient pas. La critique d’une campagne ou de ses attaques n’annule pas les faits documentés ; ceux-ci ne justifient aucune attaque raciste.

Six angles pour raconter la même affaire

De la critique enthousiaste du 26 août aux débats du 7 octobre, la couverture change d’objet : qualité du roman, solidité des accusations, réponse des jurys, campagne politique ou avenir de l’écriture. Les regroupements ci-dessous portent sur des contenus précis. Un même journal peut mener une enquête technique et accueillir une tribune qui en discute les implications. Le corpus est principalement français, complété par les enquêtes québécoises qui ont apporté des vérifications originales.

Enquêter sur les accusations : des textes et des témoins

Ce premier cadrage privilégie les éléments vérifiables. Le Monde — Pixels, les 22–23 septembre, teste une large partie du roman et des textes témoins. France 24 — Les Observateurs confronte le livre entier à Pangram et interroge trois spécialistes. Leurs expériences étayent le soupçon à partir de contrôles comparatifs. Les résultats et les périmètres sont détaillés plus haut.

Les enquêtes québécoises du 23 septembre apportent deux autres démarches : La Presse remonte aux publications anciennes et reconnaît avoir elle-même publié un plagiat ; Radio-Canada éprouve les explications de l’auteur avec des romans contemporains, classiques et issus des littératures haïtiennes ou africaines. En France, l’enquête d’Hocine Bouhadjera pour ActuaLitté, le 24 septembre, mobilise archives et reprises textuelles. La comparaison de textes et la détection automatique produisent ainsi des preuves de nature différente.

La transparence sur les conditions du test fait aussi partie de ce travail : France 24 signale son accès gratuit à Pangram ; Radio-Canada mentionne des crédits offerts, une assistance technique et une collaboration scientifique antérieure, sans lien financier déclaré avec la chercheuse interrogée. Le Monde, le 25 septembre, interroge le concepteur du détecteur, très affirmatif. Cette parole renseigne sur l’outil, avec le point de vue de son fournisseur.

Suivre les conséquences : les prix et les éditeurs face au dossier

Les comptes rendus institutionnels déplacent l’attention vers les décisions. RTL, le 25 septembre, rapporte l’exclusion du Goncourt, puis le 6 octobre, les contrôles annoncés sur les huit romans de la sélection suivante. Le Parisien, le 7 octobre, présente un choix différent : le maintien d’Orélien dans la sélection de la Porte Dorée. Pour ce dernier contenu, seuls les premiers paragraphes ont été accessibles.

L’intérêt de ce rapprochement est de montrer que les institutions ne réagissent pas toutes de la même manière. Il documente exclusions, maintien et changements de pratiques. Ces annonces ne remplacent pas les rapports d’analyse du roman et ne rendent pas public le protocole complet des contrôles.

Discuter les règles de preuve : un protocole et des calculs comparables

Dans la presse spécialisée, les vérifications s’accompagnent d’un débat sur leur usage. Après avoir documenté des indices, ActuaLitté publie l’éditorial de Nicolas Gary, le 29 septembre, qui réclame le même contrôle pour les autres candidats, un protocole et une contre-expertise. La question devient celle de la procédure suivie par un prix littéraire : comment appliquer un critère identique à tous les livres ?

Le lendemain, dans une tribune publiée par le même média, Mouhamadou Sy critique la multiplication des probabilités pour vingt extraits d’un même roman. Son objection porte sur l’indépendance supposée des résultats. Ces deux textes interviennent à des niveaux différents : l’un demande une procédure équitable, l’autre corrige un raisonnement statistique. Ils précisent la portée des preuves sans effacer les comparaisons et les tests déjà réalisés.

Examiner la campagne : accusateurs, relais et déontologie

Un autre ensemble de contenus étudie qui accuse et comment la dénonciation se diffuse. Télérama, le 25 septembre, actualisé le 29, insiste sur l’anonymat initial, les relais politiques et les activités de Samuel Fitoussi dans l’investissement en IA. Son enquête discute la déontologie et les intérêts du secteur. Elle rapporte aussi le démenti de Frst concernant tout lien avec Pangram et un rectificatif sur l’absence de lien financier entre Civilisation et Pierre-Édouard Stérin. Ces réponses comptent dans l’évaluation des proximités alléguées.

Les présentations publiques de Mediapart et Blast prolongent ce cadrage, avec des évolutions et des différences. Le 23 septembre, Mediapart met l’accent sur l’origine de la campagne dans l’extrême droite médiatique. Le 25 septembre, son chapeau souligne les accusations de plagiat et la fragilisation de l’auteur, tout en questionnant la déontologie de Fitoussi. Chez Blast, le 7 octobre, la présentation associe la panique face à l’IA, le soupçon racial et la responsabilité des institutions ; elle reconnaît les plagiats anciens documentés. Pour ces deux médias, l’analyse reste limitée aux chapeaux et introductions accessibles.

Ce groupe éclaire les conditions de la mise en accusation et son traitement public. La critique des accusateurs et l’examen des pièces du dossier répondent à deux questions distinctes : les ressorts politiques de la campagne ne déterminent pas le résultat des comparaisons de textes.

Interroger la confiance : le lecteur et le milieu littéraire

Les chroniques et entretiens racontent aussi une confiance rompue. Dans la chronique de La Presse reprise par Courrier international le 24 septembre, l’admiration cède à la défiance après confrontation des textes anciens. Le plagiat y rend secondaire la question de l’IA. Le centre du récit est l’expérience du lecteur trompé, avec la force et les limites d’un jugement personnel.

L’introduction consultable du Figaro, le 25 septembre, élargit le sujet à la contagion du soupçon dans l’édition.

Dans l’entretien publié par Breizh Info le 1er octobre, le questionnement et les réponses de Xavier Eman mettent en cause le milieu littéraire et ses préférences politiques. Eman reconnaît ne pas avoir lu le livre. Ce réquisitoire idéologique ne fournit donc pas une nouvelle vérification de son contenu. Le rapprochement montre trois échelles de critique : confiance personnelle, fonctionnement professionnel et interprétation politique du milieu.

Débattre de la création : l’outil, l’auteur et la transparence

Les éditoriaux et débats dépassent enfin le cas individuel. Dans Libération, le 22 septembre, Alexandra Schwartzbrod maintient le conditionnel sur le roman tout en présentant Pangram comme le détecteur le plus fiable. Elle relie l’affaire aux difficultés de l’édition et demande jusqu’où la création peut s’aider de l’IA. Cet éditorial précède les révélations de plagiat et l’exclusion du Goncourt.

La synthèse d’Anne Dujin dans Le Monde, le 3 octobre, réunit plusieurs positions : Sébastien Bailly défend l’usage transparent de l’IA sous la responsabilité de l’auteur ; Thomas B. Reverdy propose un label ; Monique Canto-Sperber insiste sur la vérité due au lecteur. L’analyse porte sur cette synthèse, sans prétendre avoir consulté chacune des huit tribunes originales. Le débat oppose ainsi des conceptions de la création et du contrat de lecture, davantage qu’il ne cherche à refaire l’enquête sur le manuscrit.

Ces regroupements font ressortir les questions choisies et les différences de méthode. Les enquêtes testent l’accusation ; les comptes rendus suivent les décisions ; les tribunes discutent preuves, procédures et création ; les investigations sur la campagne examinent ses acteurs. Les formats et les dates expliquent une partie des écarts. Les réunir permet de comprendre ce qui est établi, ce qui est discuté et ce que chaque traitement laisse au second plan.

Une rupture de confiance, des règles encore à préciser

Le Goncourt fonde son retrait sur les plagiats antérieurs et sur des analyses convergentes concluant que le livre serait « selon toute vraisemblance » largement issu d’une IA. Son communiqué ne joint pas les rapports. Le contrôle annoncé ensuite sur les huit romans suivants étend la vérification, sans rendre public un protocole permettant de comparer les éditions, seuils et résultats. Communiqué du 25 septembre ; RTL, 6 octobre.

Boréal suspend la promotion mais maintient la disponibilité du livre. La sélection de la Porte Dorée rapportée le 7 octobre montre qu’un autre jury fait un choix différent. Une telle décision concerne la participation à un prix ; elle n’authentifie pas le processus d’écriture. Boréal ; Le Parisien, partie accessible.

Au 7 octobre, le dossier permet d’affirmer deux choses avec des degrés de preuve différents : des plagiats anciens sont établis, et l’hypothèse d’une contribution importante de l’IA au roman est fortement étayée. Le démenti de l’auteur ne répond pas aux comparaisons déjà vérifiées. Pour départager génération, reformulation et écriture humaine dans le livre, les pièces décisives seraient les versions datées du manuscrit et leur confrontation à l’édition publiée.

Sources et méthode

Recherche et révision des 7–8 octobre 2026, actualité arrêtée au 7 octobre. Deux couples de textes originaux ont été lus intégralement et comparés ; les citations sont volontairement courtes. Les autres cas de plagiat sont attribués aux enquêtes citées. Les résultats de détection proviennent d’expériences publiées par les rédactions. Les probabilités du tableau sont des calculs Facta sous hypothèses explicites, vérifiés séparément ; elles ne sont pas une expertise probabiliste individuelle du roman. Les corpus, accès limités et éventuels liens avec le fournisseur sont indiqués dans l’article. La démarche Facta et l’article de référence ont été consultés dans leurs sources locales, leurs pages publiques étant inaccessibles à l’outil de lecture lors de la préparation.

  1. Textes comparés : Andy Bautista, 23 février 2013 ↔ Orélien, 28 février 2013 ; The Hindu, 13 février 2013 ↔ Orélien, 15 février 2013.
  2. Évaluation de détection : Pangram 4, fiche technique ; rapport technique, notamment tableau 8 ; Brian Jabarian et Alex Imas, août 2025 ; Mouhamadou Sy, 30 septembre 2026.
  3. Décisions et positions : Académie Goncourt, 25 septembre ; Boréal, communiqué du 24 septembre ; Fitoussi à LCN, 25 septembre.

Chaque enquête et contenu médiatique du corpus est lié au passage correspondant. Notre démarche · Retrouver ce thème dans le panorama médiatique.